L'essence qui domine le paysage est le pommier à cidre haute-tige. Planté en prés-vergers, il est conduit depuis des générations avec des troncs de deux mètres, une couronne large et des vaches dessous. Beaucoup de ces arbres ont quatre-vingts, cent ans, parfois davantage. Ils sont creux, couverts de lichens, souvent chargés de gui — cette touffe verte en boule qui s'installe dans les couronnes et finit par affaiblir les branches porteuses.
Le gui est ici un sujet en soi. Il se retire à la scie ou à la serpe en coupant la branche trente à cinquante centimètres sous le point d'attache, parce que ses racines — les sucoirs — pénètrent dans le bois et que couper la boule seule ne sert à rien : elle repart. Sur un vieux pommier, nous le retirons progressivement, sur deux ou trois hivers, pour ne pas supprimer d'un coup la moitié de la couronne.
Dans le bourg, ce sont d'autres arbres : glycines et vignes vierges palissées sur les façades à pans de bois, tilleuls et marronniers autour de la place, poiriers de plein vent, noyers dans les cours, quelques ifs et buis taillés dans les jardins clos. Chacun de ces sujets pose une question différente. La glycine, par exemple, finit par soulever une gouttière ou serrer une poutre si on la laisse faire ; sa taille se fait en deux temps, en été sur les longs rameaux et en fin d'hiver sur le bois court.
Plus loin, en bordure d'herbage, on retrouve les arbres du bocage : chênes pédonculés têtards, frênes, charmes, haies d'aubépine et de prunellier. Les frênes y sont de plus en plus fréquemment touchés par la chalarose, un champignon qui dessèche les couronnes : nous les examinons avant toute taille, parce qu'un frêne atteint casse sans prévenir.